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Scrutin présidentiel, législatif et municipal le 25 novembre

Honduras: le Parti national favori d'élections axées sur la sécurité

Un millier "d'enfants des rues" exécutés depuis 1998

 
-A gauche, Ricardo MADURO, candidat présidentiel du Parti national et favori. © Partido Nacional
-A droite, Rafael PINEDA, candidat du Parti libéral © Partido Liberal
TEGUCIGALPA, 23 novembre 2001 (LatinReporters.com) - La sécurité et une polémique sur la nationalité des deux principaux candidats furent au centre de la campagne pour le scrutin présidentiel, législatif et municipal du 25 novembre au Honduras. Depuis 1998, un millier d'adolescents, délinquants supposés, ont été exécutés sommairement dans les rues de ce pays d'Amérique centrale. En 1997,  l'assassinat crapuleux du fils aîné de l'actuel favori de l'élection présidentielle, Ricardo Maduro Joest, avait soulevé une vague d'indignation et des manifestations populaires.

Homme d'affaires et banquier de 55 ans formé aux Etats-Unis, Ricardo Maduro et son Parti national (conservateur) actuellement dans l'opposition pourraient mettre fin à huit ans de pouvoir du Parti libéral (également conservateur). Le dernier sondage octroie 45% des voix à Ricardo Maduro, contre 35% à son adversaire libéral, Rafael Pineda Ponce, enseignant et président sortant du Congrès national des députés. Trois autres candidats de partis minoritaires, représentant la gauche et la démocratie chrétienne, ne totalisent ensemble que 5% des intentions de vote.

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Trois millions et demi d'électeurs âgés d'au moins 18 ans, soit plus de la moitié des 6,6 millions de Honduriens, sont appelés à élire pour quatre ans le Président de la République, ses trois vice-présidents, 128 députés du Congrès national, 20 députés du Parlement d'Amérique centrale et les édiles de 298 municipalités. Depuis la fin des gouvernements militaires, en 1982, il s'agit de la 6ème élection générale convoquée au Honduras. Le Parti libéral en a gagné quatre et le Parti national une.

Pour la première fois, le 25 novembre, les votes présidentiel, législatif et municipal seront exprimés sur des bulletins distincts. "L'effet présidentiel" en sera-t-il atténué sur la composition du Congrès et des conseils municipaux? Les partis minoritaires l'espèrent.

Misère accentuée par les catastrophes

Longtemps colonie bananière de la United Fruit américaine, base arrière des contre-révolutionnaires qui combattaient dans les années 1980 le pouvoir sandiniste au Nicaragua et vivant encore dans la tension de différends frontaliers avec le Salvador et le Nicaragua, le Honduras compte 66% de pauvres. Il est avec la Bolivie, le Guatemala, Haïti et le Nicaragua l'un des cinq pays les plus démunis du continent américain. Environ 650.000 émigrés Honduriens vivent légalement ou illégalement aux Etats-Unis.

La pauvreté a été accentuée par les catastrophes qui ont marqué le mandat de l'actuel président libéral Carlos Flores. Fin 1998, l'ouragan "Mitch" laissait au Honduras 5.657 morts, 8.000 disparus, un million et demi de sinistrés et cinq milliards de dollars de dégâts. Au printemps et l'été derniers, le Honduras fut le pays le plus touché par la sécheresse catastrophique qui a frappé l'Amérique centrale. Le Programme alimentaire mondial des Nations unies avertissait alors qu'un million et demi de personnes étaient menacées de famine au Honduras, au Salvador, au Guatemala et au Nicaragua.

Très visible dans les "ceintures de misère" qui entourent Tegucigalpa (capitale du Honduras - 1,4 million d'habitants) et San Pedro Sula (2e ville du pays), l'indigence alimente la délinquance et l'insécurité. Les autorités attribuent l'essentiel de la violence à 475 bandes juvéniles qui comptent près de 100.000 membres. Outre la délinquance qu'elles génèrent, ces bandes s'affrontent entre elles.

Vivant "en proie à la terreur", selon l'hebdomadaire "Fides" de l'Eglise catholique, les Honduriens clament ouvertement  leur besoin de sécurité amplifié par les médias. Les candidats à la présidence ne pouvaient l'ignorer. "Tous contre le crime, car le crime est contre tous" clame le libéral Rafael Pineda. "Tolérance zéro à l'égard des délinquants" réplique le Parti national de Ricardo Maduro, dont le fils aîné fut assassiné en 1997 lors d'une tentative d'enlèvement.

Escadrons de la mort

Les deux candidats prennent toutefois des distances orales à l'égard des "escadrons de la mort". Selon l'organisation humanitaire nord-américaine "Casa Alianza", 967 adolescents ont été assassinés au Honduras entre 1998 et octobre dernier. Abattus parfois par la police, ces "enfants des rues" appartenaient pour la plupart aux bandes juvéniles de délinquants. Rapporteur des Nations unies aux Exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, la pakistanaise Asma Jahangir estimait en août que "la négligence coupable" de l'Etat hondurien favorise cette tuerie de mineurs. 

Lors d'une enquête de deux semaines au Honduras, Asma Jahangir a constaté que "l'immense majorité des cas ne sont pas éclaircis", mais que rien ne démontre que les exécutions extrajudiciaires soient la conséquence d'une politique d'Etat. Près de 90% des assassinats des "enfants des rues" ne sont en effet pas perpétrés par les forces de l'ordre, que "Casa Alianza" estime coupables dans 12% des cas.

Asma Jahangir a dénoncé la tendance, alimentée par les médias, à attribuer aux "enfants des rues" la majorité des crimes et des délits commis au Honduras. L'envoyée des Nations unies estimait à ce propos que la partie "la plus déprimante" de sa visite fut de découvrir qu'au moins deux importants médias électroniques incitaient sur Internet à l'exécution des membres des bandes de jeunes.

La criminalité gangrène aussi les institutions censées la combattre. Au cours des deux dernières années, 3.800 policiers honduriens accusés de violer la loi ont été destitués. Nombre d'entre-eux sont impliqués dans des enlèvements, des attaques de banques et des vols de véhicules.

Promettant tous deux d'enrayer la criminalité et partageant une vision néolibérale de la société, le Parti national et le Parti libéral ne se sont vraiment affrontés, au cours de la campagne électorale, que pour mettre en doute la nationalité hondurienne du candidat adverse.

Ricardo Maduro étant né au Panama et Rafael Pineda étant soupçonné d'avoir vu le jour au Guatemala, la reconnaissance de leur qualité de Hondurien n'intervint qu'après des polémiques volontairement populistes. Ce débat passionna les électeurs, plus même que celui sur la sécurité.

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